dilluns, 30 de març del 2026

LE LABORATOIRE CATALAN DE LA DROITE IDENTITAIRE

 29 mars 2026


Dans ses pages internationales, « Le Monde » décrit l’irruption d’Alliance catalane comme celle d’un petit parti séparatiste devenu, en quelques mois, un véritable aiguillon islamophobe pour toute la scène politique catalane. Le quotidien parisien souligne comment cette formation, présidée par la députée Silvia Orriols, a fait de la dénonciation de « l’immigration » son unique carburant électoral, transformant chaque séance parlementaire en procès permanent de la gauche indépendantiste accusée de « trahir » la nation catalane.

Un discours d’exclusion assumé
Selon « Le Monde », la rhétorique d’Alliance catalane coche toutes les cases du national‑populisme européen: obsession migratoire, vocabulaire de la « menace » civilisationnelle, désignation des musulmans comme boucs émissaires commodes d’un malaise social profond. Silvia Orriols cible tour à tour la Gauche républicaine de Catalogne, accusée « d’encourager l’importation de semi‑esclaves », et le gouvernement espagnol, soupçonné d’organiser l’« invasion » de travailleurs étrangers. Cette radicalité verbale lui vaut une attention médiatique disproportionnée par rapport à son poids parlementaire, mais c’est précisément ce déséquilibre qui lui permet d’imposer ses thèmes à l’agenda.

Le politologue Xavier Torrens, cité par « Le Monde », résume la situation d’une phrase glaçante: aujourd’hui, ce qui rapporte le plus de voix, c’est « le vote anti‑immigration ». Pour lui, Alliance catalane offre un débouché politique à des militants déçus par l’indépendantisme classique, fatigués des querelles de stratégie mais sensibles à la promesse d’un retour à l’ordre identitaire. Ce déplacement du centre de gravité, du projet d’État propre vers la chasse à l’« étranger », illustre la mutation d’une partie du séparatisme en nationalisme ethnique.

Une sociologie électorale révélatrice
Le reportage du Monde montre qu’Alliance catalane prospère surtout dans des territoires périphériques, petites villes et zones rurales où l’arrivée récente de travailleurs immigrés bouscule un tissu social déjà fragilisé par la désindustrialisation et la crise du logement. Loin de Barcelone, la formation de Silvia Orriols apparaît comme la voix de ceux qui se sentent oubliés par la métropole, méprisés par les partis traditionnels et noyés dans un récit indépendantiste qui ne parle plus de leurs factures mais d’idéaux abstraits.

Le parti joue habilement sur ce sentiment de déclassement: il oppose les « Catalans de souche » à une figure fantasmée de l’« envahisseur » musulman, tout en dénonçant l’« élite » indépendantiste accusée de pactiser avec Madrid et Bruxelles. Dans ce schéma, les migrants deviennent l’écran sur lequel se projettent frustrations sociales, colère économique et ressentiment territorial, ce qui permet à Alliance catalane d’agréger un électorat composite, du petit entrepreneur aux salariés précaires, sous la bannière d’un même ressentiment.

Le tournant identitaire du séparatisme
Pour « Le Monde », la progression d’Alliance catalane marque un tournant: l’indépendantisme catalan, jadis porté par un discours civique et inclusif, se voit concurrencé par une offre politique qui assume la hiérarchie des appartenances et la fermeture culturelle. Cette droitisation s’inscrit dans un contexte plus large, où la fatigue du « procès » de 2017, la répression judiciaire et les compromis institutionnels ont laissé un goût amer chez de nombreux militants.

Au lieu d’un projet collectif centré sur les droits et les institutions, Alliance catalane propose une revanche sociale et identitaire, avec un ennemi clairement désigné: le musulman, l’immigré, l’« autre ». Le risque, souligne le quotidien français, est que les grands partis indépendantistes, obsédés par la peur de perdre encore du terrain, se laissent aspirer par cette spirale xénophobe en durcissant leur propre discours migratoire.

Ce que cela dit de l’Europe – et de nous
Vu depuis la Suisse romande, le cas catalan résonne étrangement familier. La mécanique décrite par « Le Monde » – sentiment de trahison des élites, colère périphérique, obsession identitaire – est la même qui alimente, chez nous aussi, les succès électoraux des formations qui vivent de la peur de l’« autre ». La Catalogne joue ici le rôle de laboratoire: ce qui s’expérimente aujourd’hui dans les vallées pyrénéennes ou les petites villes industrielles pourrait très bien se décliner demain dans les vallées alpines ou les périphéries lémaniques, avec un vocabulaire légèrement adapté mais la même architecture de ressentiment.

L’enjeu, pour les forces progressistes comme pour les indépendantistes sincèrement démocrates, est de ne pas laisser le terrain social et sécuritaire aux entrepreneurs de haine. Tant que la précarité, la crise du logement et les services publics en berne resteront gérés par des éléments de langage plutôt que par des politiques concrètes, les Silvia Orriols d’Europe auront beau jeu de désigner des coupables et de gagner des voix sur le dos des plus vulnérables – migrants compris.

Cap comentari:

Publica un comentari a l'entrada